Contraventionnalisation de l'usage des drogues

Projet de contraventionnalisation de l'usage des drogues illicites

Devant l'échec patent de la répression de l'usage de drogues illicites, même aux yeux des juges et des policiers, le pouvoir politique cherche une issue qui concilie, sans affecter son image, des objectifs a priori contradictoires. D'un côté il faudrait mettre fin à la débauche d'énergie improductive consacrée à poursuivre et sanctionner les petits fumeurs de cannabis, de l'autre tous les gouvernements successifs veulent afficher une fermeté pour ne pas s'attirer le reproche de laxisme. C'est pour rapprocher ces objectifs difficiles à concilier qu'a surgi l'idée de contraventionnaliser l'usage des stupéfiants.

Un pari complexe et incertain

Faute de suivre la voie rigoureuse, pragmatique et dépassionnée qui est celle de différents pays face à la consommation de produits psychoactifs, et loin d'alléger les services répressifs de tâches inutiles et improductives, la France risque de s'engager dans un dispositif complexe aux résultats incertains pour la santé publique comme pour la sécurité publique.
En se concentrant d'abord (exclusivement ?) sur les conditions de travail des policiers, la contraventionnalisation ne facilitera ni la prévention, ni le soin ou l'accompagnement des personnes, ni la recherche et le développement des connaissances par des enquêtes épidémiologiques.
La contraventionnalisation continuera à mettre sur le même plan l'usage de produits très différents tels que cannabis, cocaïne et héroïne, également des conduites de consommation aussi différentes que l'usage simple et la dépendance, ce qui traduit surtout la méconnaissance par la classe politique des problèmes de santé en rapport avec les conduites addictives.
Augmenter l’efficacité d’une prohibition concernant 1,4 millions de français est significatif d’une politique où l’émotion a pris le pas sur la rationalité de la décision.

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